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[archive théâtre]
Marlene D. The legend

genre: drame psychologique / durée: 1h15


auteur
image disponible Riccardo Castagnari
metteur en scène
image disponible Riccardo Castagnari
comédiens
Quince, Andrea Calvani
adaptateur
Laurent Ban

  • du 17-09-08 au 08-11-08
    53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
    tel: 01 45 44 57 34
    site: www.lucernaire.fr

    infos: Genre : comédie. Du mardi au samedi à 20h. Durée: 1h15.


critique
++__ 1st war Lili Marlene!

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[critique]

++__ 1st war Lili Marlene!

par Marie-Pierre Créon le 28-09-08

Un long fourreau scintillant serpente sur un corps d'une perfection sculpturale. La nudité savamment ordonnée de la robe concède par endroits la sensualité d'une chair offerte avec glamour, elle-même enveloppée dans l'écrin d'un immense manteau d'hermine. De cet ensemble immaculé émerge une voix à la douceur métallique murmurant " Wie einst Lili Marlene " qui fige l'assistance. C'est Marlene Dietrich. Le mythe Dietrich. De la courbure infinie de ses faux cils, aux joues creusées par la complicité d'un éclairage, à ses paupières bombées, l'illusion est parfaite. Quince, ni travesti, ni drag-queen, mais se définissant plutôt comme un actor queen, se fond dans la peau de l'Ange Bleu. Dans l'intimité d'une loge, la magie opère. Marlene nous reçoit en peignoir de star et se raconte. Un moment de grâce et de drôlerie où l'on découvre la face cachée d'une légende...

Déesse à l'écran dans les tenues vaporeuses du Jardin d'Allah ou dans le gigantisme stylisé des toques de L'impératrice Rouge, la Marlène Dietrich au quotidien était une mégère pas apprivoisée. Derrière la splendeur de glace des ses yeux bleus, elle régnait tel un tyran sur sa cour d'amants comme sur ses proches. Grâce à une documentation fouillée sur la vie de l'actrice, allant des confidences de sa fille unique, Maria Riva, à l'autobiographie romancée de Lily Marlene elle-même, Quince brosse un portrait fameux, mêlant profond respect et dérision pour son icône.

Dans une pénombre étudiée, Marlene souffle ses confidences avec l'aplomb que lui confère son arrogance de diva. Souvenirs d'amants éparpillés, détails aussi étonnants que croustillants, bons mots dont la spirituelle Dietrich à l'intelligence redoutable aimait parsemer ses phrases (à propos de Pasteur qui lui dédia la Pénicilline, " La moisissure fait pleurer, les diamants, non ! "), Marlene se dévoile, avec cette retenue propre aux mythes.

En 1h15, on entre dans la vie d'une star avec ses exigences démesurées lors de ses déplacements : son hygiénisme démentiel parfois qui, en bonne prussienne, lui fait emporter des litres de javel pour nettoyer ses chambres d'hôtel, son aversion pour les fleurs (" Les fleurs coupées ? Ça sent la mort ! "), ses coups de fils capables de planifier une nuit d'amour complète où se succèderont sans le savoir plusieurs de ses amants, ponctués d'un invariable et grandiloquent " Chèriiiii, j'ai tellement hâââte d'être dans tes bras... " suivit d'un raccrochement de téléphone sec comme un coup de trique pour enchaîner sans scrupules sur la prochaine victime.

Impossible de résister à cette femme dure, drôle par son égoïsme et ses lubies, si spirituelle au fond. L'évocation de son enterrement, planifié également sur papier, est un régal dietrichien. Démesure, pragmatisme suffoquant (" Rudi, mon mari, distribuera des oeillets blancs. Rouges pour ceux qui ont couchés avec moi ! "), Marlene imagine très bien son " sarcophage " porté par une foule in-con-so-la-ble, les grands de ce monde à ses pieds immortels et pourquoi pas un jour de deuil national ? Ce n'est pas tous les jours qu'une déesse meurt...

Quand Quince n'évoque pas Marlène la croqueuse d'hommes, la folle amoureuse de Gabin ou l'amante échevelée de Yul Brynner, Dietrich, la professionnelle de la scène reprend le dessus. Car n'oublions pas que Lili Marlene s'est forgée dans les cabarets enfumés du Berlin festif, avant que le IIIème Reich vienne assombrir les tavernes. Comme un bon petit soldat, malgré un alcoolisme galopant qui ternit les 30 dernières années de sa vie, Quince / Dietrich se met à chanter ses classiques : Fall in love again, Lili Marlene, résonnent dans une diction parfaite. Impossible de ne pas être confondu par la gestuelle parfaite de Quince, par son mimétisme. Quince EST Marlene, jusque dans ses fourrures reproduites à l'identiques, jusque dans la perfection d'une mèche de cheveux blonds, jusqu'à la rectitude impeccable d'un ultime salut à la foule. L'émotion est au rendez-vous. Dans la lumière bleutée des spots, dans les notes du pianiste l'accompagnant, le miracle s'accomplit. Que vous connaissiez de près ou de loin Marlene Dietrich, en sortant du show, elle ne sera plus cette inconnue lumineuse dont Cocteau aimait dire "  Son nom commence comme une caresse et finit comme un coup de cravache ".

[bio]
auteur, metteur en scène: Riccardo Castagnari
Riccardo Castagnari

Acteur, metteur en scène et auteur italien né à Florence.

Formé à l'Ecole d'Art dramatique de Milan.