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[archive théâtre]
Shitz - Guerre, Amour et Saucisson

genre: comédie / durée: 1h30


auteur
image disponible Hanokh Levin
metteur en scène
Cécile Backès
compositeur
Philippe Miller
comédiens
Benoit Di Marco, Bernard Ballet, image disponible Anne Benoit, Salima Boutebal
musiciens
Clément Landais, Virgile Vaugelade
adaptateur
Laurence Sendrowicz

  • du 26-08-08 au 31-12-08
    7 rue Louis le Grand, 75002 Paris
    tel: 01 42 61 44 16

    infos: mardi au vendredi: 21h samedi: 16h et 21h


critique
+++_ y'a bon saucisson

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[critique]

+++_ y'a bon saucisson

par Louis-David Mitterrand le 02-10-08

Voilà du théâtre, du vrai. Diablement jouissif et roboratif, mais avec du véritable jus de citron dedans qui pique et fait retrousser les babines. Et sans sucre ajouté s'il vous plait. L'affiche avec son saucisson à roulette avait quelque chose de sympathique. "Guerre, amour et saucisson" promettait-elle. Eh bien il n'y a pas tromperie sur la marchandise. A part l'amour peut-être, dumoins sous sa forme habituelle d'objet mièvre et consensuel. Les personnages de Hanock Levin en ont une autre idée: ce n'est pas une destination, mais plutôt un moyen de transport vers la suite de leur existence. Celle qui mène au fond du trou, et pire, à l'oubli. Petites gens, ils ont l'intelligence de leur insignifiance et s'en débrouillent. A coup d'instants volés, brèves jouissance et minuscules révoltes. Au ciel étoilé on montre son cul. Le saucisson est meilleur qu'une femme après trente ans de mariage.

Car Shitz, petit entrepreneur en transport, a les couilles vides et Setcha ne le fait plus bander. Ils sont fatigués d'attendre que leur fille obèse Shpritzi se case enfin. Sauf qu'elle finit par ramener un certain Tchirk, officier de réserve aux couilles pleines et la bourse vide qui se révèle un féroce négociateur de dot. D'ailleurs tout est féroce dans cette pièce. On y parle comme on y pense. L'humain est débarassé de tout son encombrant vernis et apparaît sous ses vraies couleurs. Evidemment c'est choquant mais aussi extrêmement drole. Et intéressant. Nous passons notre temps à nous mentir, dit en somme Hanock Levin. La vérité déborde de ses personnages, comme trop longtemps contenue. Ils sont nos mandataires dans la vraie vie, portent les paroles que nous taisons jusqu'à la fosse.

Il faut de bons ouvriers pour décaper à ce point. Les comédiens sont tous remarquables, parfaitement distribués et dirigés par Cécile Backès. Deux excellents musiciens, contrebasse et saxo, perchés sur le décor, accompagnent les chansons et ponctuent l'ambiance. Car il y a des chansons mais elles ne sont pas l'essentiel, juste des respirations laissées au spectateur entre les coups échangés. Au passage soulignons le travail d'adaptation: rien ne semble ici "lost in translation" et les couplets riment. Cette pièce fait tout autant rire que n'importe quelle comédie idote, mais il y a bien plus que ça dans "Shitz". On en sort comme d'un vigoureux massage. Et ça fait du bien.

[bio]
auteur: Hanokh Levin
UNDEF

Né à Tel-Aviv en 1943, décédé en 1999, Hanokh Levin laisse derrière lui une oeuvre impressionnante qui, par sa qualité et son ampleur, fait de lui l'une des figures majeures de la culture israélienne contemporaine. Outre plusieurs recueils de poésie et de prose, il est l'auteur d'une cinquantaine de pièces de théâtre, dont 33 ont été montées, souvent par lui.

Dès les années soixante, ses premiers spectacles de cabaret politique, écrits au vitriol, font scandale. Pièce fondatrice Yaacobi et Leidental, inaugure l'ère des personnages "léviniens" petites gens confrontés à leur incapacité à ê...

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