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[archive théâtre]
A la mémoire d'Anna Politkovskaïa

genre: drame psychologique


auteur
Lars Norén
metteur en scène
Lars Norén
comédiens
Gauthier Baillot, Georges Bécot, Agathe Molière, Clara Noël, Alfredo Canavate, Laurent Caron, Malin Crépin, Patrick Donnay, David Murgia, Christophe Odent, Nicolas Struve


critique
- Sans espoir ni nuance

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[critique]

-___ Sans espoir ni nuance

par Pauline David le 13-10-08

Rarement une pièce de Lars Norén n'aura été si dualiste et si peu nuancée que cet "A la mémoire d'Anna Politkovskaïa". Le fameux metteur en scène suédois rassemble ici tous les clichés d'une Russie gangrenée par la drogue et la prostitution, confortant le respectable européen dans ces certitudes.

La pièce s'ouvre sur le cri perçant d'une femme rouée de coups, annonçant la couleur : noire. D'un noir qui contamine jusqu'à l'argent échangé, jusqu'à la scène, jonchée de journaux calcinés, et sur laquelle déambulent des ombres détruites par la vie. Dans cette société d'après guerre, où la corruption et la délinquance sont partout, où tout espoir de rémission est utopique, on est soit bourreau, soit victime. Entre les deux, pas d'alternative. C'est ainsi que le spectateur assiste médusé à un cortège sinistre d'incarnations du mal, toutes plus caricaturales les unes que les autres. Du mari violent au proxénète alcoolique en passant par le responsable d'ONG pédophile, ils sont tous là. Face à eux, les victimes sont indubitablement exemplaires. Battues dans leur enfance, violées, contraintes à " ramasser des fleurs de coton à l'âge de sept ans ", toutes représentent le prototype du martyr idéal. Et pour pimenter ce misérabilisme ambiant, rien de tel que le regard bienveillant de l'Eglise orthodoxe sur ces exactions et ces crimes. Or, en ressassant l'idée qu'ils ne peuvent tomber plus bas, que leurs vies ne pourraient être pire, les personnages paralysent par là même la pièce et la plonge dans l'immobilisme. Toute tentative d'évolution dans cet univers sordide et désolé devient illusoire. L'histoire se réduit alors à une immuable variation autour du mal, une illustration redondante des conséquences tragiques de la guerre.

Ce propos réducteur est d'autant plus navrant qu'il est porté par une scénographie exigeante et d'un grand esthétisme. Jouant habilement avec les clairs-obscurs, Lars Norén signe, comme à son habitude, une mise en scène sensible et poétique, notamment lors de l'expédition des deux enfants où le monde semble se mettre à flotter et à vaciller autour d'eux.

Difficile, pourtant, d'apprécier cette ingénieuse mise en scène quand elle sert un discours si éculé. Difficile aussi, face à tant de simplisme et de condescendance, de ne pas s'indigner face à une pièce qui n'a d'incisif que son titre.