Share/Bookmark
[archive théâtre]
Othello

genre: tragédie / durée: 2h40


auteur
William Shakespeare
metteur en scène
image disponible Eric Vigner
comédiens
image disponible Samir Guesmi, image disponible Michel Fau, Bénédicte Cerruti, Juta Johanna Weiss, Thomas Scimeca, Nicolas Marchand, Vincent Nemeth, Aurélien Patouillard, Catherine Travelletti

» [voir toutes les dates]
critique
- Othello trahi

Affiche Affiche Othello (Samir Guesmi) et Desdemone (Bénédicte Cerruti) en mauvaise posture. Othello (Samir Guesmi) et Desdemone (Bénédicte Cerruti) en mauvaise posture.

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

-___ Othello trahi

par Anne Eyrolle le 09-11-08

Eric Vigner voulait redonner un coup de jeune à "Othello". Il aurait voulu brocarder la tragédie shakespearienne qu'il s'y serait pris à peine autrement.

Difficile de dire ce qui agace le plus dans cette mise en scène : le décor prétentieux et inutile (une passerelle que les comédiens ne cessent de traverser, puis deux tours comme deux gruyères géants systématiquement déplacées durant les intermèdes, sans raison évidente); la direction (s'il y en a une) des comédiens qui s'égosillent dans un jeu poussif, faux et déclamatoire. Ou les costumes : babygros recouverts parfois d'une sorte de gilet par balles façon Michelin pour messieurs, combinaison à tendance SM pour mesdames. Au classement des personnages les plus burlesques, il y a de quoi hésiter entre le Doge (incarnation de l'autorité suprème, rappelons-le), coiffé d'un bonnet de nuit, Othello dans son pyjama à rayures noires et blanches trop grand et Iago en grenouillère moulante.

On finit par croire qu'il y a peut-être du second degré dans cette lecture de Shakespeare. Mais non, Eric Vigner était pétri d'intentions justes et honorables: il voulait rapprocher de nous la tragédie du XVIIème. Pour ce faire, il a même travaillé pendant des mois avec Rémi de Vos afin de proposer une nouvelle traduction de la pièce "plus claire et accessible". Et le résultat frôle le massacre. Les quelques instants d'émotion qu'ils ont épargnés (le monologue d'Othello quand il se croit trompé, par exemple) passent pour de piètres envolées lyriques, au milieu de ce texte qu'on a vidé de sa poésie et de sa puissance évocatrice pour n'en garder que l'os du récit. Tragédie essentielle où les conflits intérieurs de la jalousie et de l'envie trouvent écho dans les guerres extérieures et où les frontières entre les hommes sont constamment interrogées, "Othello" devient ici l'histoire triviale, anecdotique d'un soldat prétentieux et sans charisme qui se fait avoir par un autre raté plus malin.

Samir Guesmi ne restera pas un Othello mémorable. Qu'il ne soit pas noir n'est pas le problème. Comme le dit bien Eric Vigner, cette tragédie parle de la peur de l'étranger. Noir, blanc ou beur, peu importe, ce qui stimule les terreurs, colères et jalousies c'est qu'il soit autre, venu d'ailleurs, différent. Et fort et puissant. Samir Guesmi n'a pas les épaules de ce héros, sa virilité brutale et majestueuse qui en fait le premier guerrier du pays, et qui rendra plus éprouvante et bouleversante encore l'aveu de sa douleur, de son amour et de son désespoir. La faute est moins au comédien qu'à celui qui l'a dirigé. Que cherchait Eric Vigner en le laissant commettre ce phrasé slamé et ces grands gestes désordonnés en pleins moments de tragédie pure? Affublé d'un immense manteau de fourrure noire, le comédien a plus l'air de jouer dans un clip de Stommy Bugsy que dans une tragédie de Shakespeare. C'est cela, moderniser un classique? Espérons que les dizaines de jeunes rassemblés ce soir là dans la salle oublieront vite ce visage d'Othello et garderont seulement en mémoire les lumières somptueuses de Joël Hourbeigt qui, feignant plusieurs fois l'aube ou le crépuscule, offrent à ce spectacle décevant ses seuls instants de beauté.

[bio]
metteur en scène: Eric Vigner
Eric Vigner

Après des études supérieures d'arts plastiques, Eric Vigner étudie l'art dramatique à l'Ecole de la Rue Blanche, puis au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris dans les classes de Denise Bonal, Michel Bouquet, Gérard Desarthe, Daniel Mesguich.

Acteur, il joue sous la direction de Jean-Pierre Miquel, Christian Colin, Brigitte Jaques avec laquelle il partagera l'aventure d'Elvire Jouvet 40. Au cinéma, il tourne avec Philippe de Broca, Benoit Jacquot, Maria de Medeiros.

En 1990, Eric Vigner fonde la Compagnie Suzanne M. et concrétise son désir de pratiquer un théâtre...

[lire la suite]