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[archive théâtre]
Le songe d'une nuit d'été

genre: comédie / durée: 3h15 / entracte: 1


auteur
William Shakespeare
metteur en scène
Yann-Joël Collin
comédiens
Cyril Bothorel, Paul Breslin, Xavier Brossard, Marie Cariès, John Carroll, Pascal Collin, Yannick Choirat, Issa Dakuyo, Christian Esnay, Delphine Léonard, Eric Louis, Elios Noël, Alexandra Scicluna


critique
+++_ Le délire de Shakespeare

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[critique]

+++_ Le délire de Shakespeare

par Anne Eyrolle le 15-11-08

Le songe d'une nuit d'été est très certainement la comédie la plus loufoque de Shakespeare. Ecrite aux environs de 1595, le jeune auteur fait la part belle à son imaginaire débridé et, loin de toute convention réaliste, convie fées, animaux fantastiques, déesses, nobles et artisans d'Athènes à une fête imprévisible.

Cette fête, c'est celle du théâtre : ici, on décide de préparer une pièce en l'honneur du mariage royal de Thésée et de Hippolyta, là les liens entre les amoureux se font et se défont sous la baguette d'Obéron, " le roi de l'illusion ", ici encore, Héléna se persuade d'être l'objet d'une mise en scène piégeuse... Dans cet imbroglio d'intrigues qui ont toutes pour clé l'amour, difficile de dire où commence et où finit la scène ; le théâtre est partout envahissant, débordant, manipulateur, voyeur ou bien festif, hilarant et finalement, réconciliant.

On ne s'étonnera pas que l'excellente troupe de La Nuit surprise par le jour ait choisi de s'emparer de cette pièce shakespearienne : après avoir revisité notamment Molière dans ce même théâtre la saison dernière, Yann-Joël Collin, son frère Pascal (également traducteur de la pièce), Eric Louis et toute la bande d'artistes aux allures de saltimbanques trouve ici une nouvelle occasion d'excentricité théâtrale dont la diversité des genres, la rupture des frontières entre public et comédiens et le sens du spectacle restent les seuls invariables.

Le vaste espace des Ateliers Berthier a été réaménagé pour l'occasion. On y entre un peu avant l'heure, on prend un verre ou un sandwich au comptoir d'un des bars installés dans la salle, on discute entre les gradins -sur la scène donc- en souriant au passage d'une caméra qui traîne sans surprise entre nous, acteurs et spectateurs mêlés. Et même lorsque la sonnerie de début retentit et qu'il faut s'asseoir, la confusion est loin de s'éclaircir. Les acteurs surgiront des gradins, des fées descendront du ciel en costumes ridicules, des reines se prendront pour des stars, on se croira au cabaret, en forêt, sur l'agora d'Athènes... On se sentira, comme toujours avec cette troupe, au spectacle. Un brin superficiel, parfois, un peu trop artificiel de temps en temps, et au risque de quelques plages de lassitude, au bout d'un moment. Pourtant, l'essence du jeu restera intacte: avec cette mise en scène audacieuse et fantasque (où -et c'est assez rare pour être mentionné, l'usage de la vidéo est d'une pertinence irréprochable), l'amusement trouve le goût de la liberté théâtrale que Shakespeare a si ardemment voulu insuffler à ce conte romantico-fantastique.