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[archive théâtre]
Le Voyage de Monsieur Perrichon

genre: comédie / durée: 1h50


metteur en scène
Julie Brochen
comédiens
Hélène Babu, image disponible Madeleine Marion, Stéphane Varupenne, Pierre Vial, Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Alexandre Pavloff
musiciens
Denis Chouillet, Vincent Leterme


critique
++++ Là je dis oui

Pierre Vial et Madeleine Marion Pierre Vial et Madeleine Marion

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[critique]

++++ Là je dis oui

par Louis-David Mitterrand le 24-11-08

Au salut, des bravos bien justifiés fusent du public. Cette troupe nous a fait rire, et bien, mais pas seulement. Chose assez rare au théâtre, le lever de rideau avait déjà fait applaudir. On y découvre les deux prétendants de la fille du bourgeois Perrichon, prêts à sauter dans le PLM à la poursuite de leur belle. Ils chantent à capela deux ou trois répliques sur l'air du Boléro de Ravel. Et les premiers rires ne se font pas attendre, car Alexandre Pavlov et Stéphane Varupenne, compétents sociétaires au demeurant, deviennent des machines de guerre comiques sous la direction de Julie Brochen.

Elle a tout compris de Labiche et nous le donne à voir. Gageons qu'il aurait été fier. Cette pièce a été poncée au millimètre pour en révéler toute la loufoquerie, l'absurde. On croirait du Ionesco réglé par Beckett mais sans maniérisme. Il y a plus. Une folie, une liberté singulières soufflent sur cette histoire qui nous promène de Paris à la Mère (sic) de Glace et retour. Certaines choses moins intelligibles viennent croiser l'histoire principale de façon spectrale. Le Commandant, campé avec talent par Thierry Hancisse, n'est pas qu'un chatouilleux de l'orthographe. Un souvenir féminin le hante, incarné avec sensualité par la longue Sylvia Bergé, qui se coltine aussi les rôles annexes et chante fort bien.

Oui, ils savent tout faire ces comédiens du Français. Qu'on leur demande de chanter et ils chantent et pourraient sans rougir faire de l'opérette. Souvent si mal utilisés dans des productions assommantes, les voilà révélés, façonnés par la main exigeante de Julie Brochen, habituée qu'elle est à travailler les profils affûtés dont elle a su s'entourer à l'Aquarium. Elle y a maîtrisé le théâtre russe aussi, entre autres choses, en invitant souvent des musiciens sur scène. D'ailleurs, il y a un pianiste dans son Perrichon, qui vend aussi des billets de train et travaille le son avec sa chaussette. Des idées, de l'audace, une grande précision. Le résultat est là.

Par ces motifs, je me vois contraint de mettre la note maximale à ce spectacle. En effet, je n'ai absolument rien à lui reprocher. Décors, costumes, lumières, tout participe à l'enchantement qu'est cette pièce faussement légère. Et je m'aperçois avec horreur n'avoir pas cité Pierre Vial et Madeleine Marion en couple Perrichon, qui se paient le luxe de développer des personnages complexes là où l'on aurait pu craindre des caricatures.

Passer une bonne soirée, finalement c'est simple, il n'y même pas à réfléchir ou hésiter, on se précipite pour voir ce spectacle qui commence à vingt heures et vous libère, dans tous les sens, moins de deux heures plus tard. On peut prendre un verre au bar du théâtre avant la sonnerie pour être dans les meilleures dispositions.