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[archive théâtre]
Coriolan

genre: tragédie / durée: 3h45 / entracte: 1


auteur
William Shakespeare
metteur en scène
Christian Schiaretti
comédiens
Nicolas Gonzales, Damien Gouy, Sylvain Guichard, Benjamin Kerautret, Claude Koener, Roland Bertin, Stéphane Bernard, Laurence Besson, Pascal Blivet, Olivier Borle, Mohamed Brikat, Jeanne Brouaye, Armand Chagot, Wladimir Yordanoff, Jérémie Chaplain, Philippe Dusigne, Aymeric Lecerf, Gilles Fisseau, Julien Gauthier, David Mambouch, Clément Morinière, Daniel Pouthier, Loïc Puissant, Jérôme Quintard, Dimitri Rataud, Alain Rimoux, Juliette Rizoud, Julien Tiphaine, Jacques Vadot, Clémentine Verdier, image disponible Hélène Vincent, Jacques Giraud


critique
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[critique]

++__ Edifier en divertissant

par Louis-David Mitterrand le 27-11-08

Cette pièce austère et plutôt longue semble intéresser les jeunes gens envoyés en nombre la voir. Pas d'histoire d'amour, sinon filial, juste la guerre et la politique. Certes il faut bien éveiller ces jeunes consciences aux dangers qui guettent notre démocratie. L'intention est louable. L'histoire de Coriolan pose des questions actuelles d'après le metteur en scène. Démagogie, tyrannie, oligarchie, autant de maux contre lesquels ce récit pourrait nous prévenir. A voir.

Il serait satisfaisant de renvoyer dos-à-dos sénateurs, Coriolan et les tribuns, comme désireux chacun d'abuser de cette démocratie toute neuve que Rome s'était forgée 20 ans plus tôt lorsqu'elle passa de monarchie à république. Dans ce cas il ne resterait personne pour la défendre et elle n'aurait pas duré mille ans de plus. Un tel relativisme ne coïncide pas avec la réalité d'un peuple latin pragmatique, qui a toujours su adapter son gouvernement à ses objectifs. Coriolan ne convenait pas au peuple souverain de Rome, il a été chassé. Général victorieux contre l'ennemi Volsque, il estimait que le pouvoir lui était dû et être dispensé de faire de la politique. Dès lors, les tribuns sont parfaitement dans leur rôle de chiens de garde du peuple et ne sauraient être traités de démagogues.

Il serait également satisfaisant d'estimer que Shakespeare en 1607 se sert d'évènements antérieurs de deux millénaires, et rapportés au deuxième siècle par un biographe grec, pour parler démocratie au spectateur de 2008. Comme si des esprits éclairés se passaient le relais à intervalles réguliers de notre histoire et dont le spectacle de ce soir serait une nouvelle étape. On comprend bien entendu que la tentation est forte de s'en prévaloir. La réalité est peut-être plus simple. Le Barde a trouvé en Plutarque une source pour nombre de ses pièces. Et Rome l'intéressait déjà avant d'avoir recours aux Vies Parallèles. Risquons la thèse osée que Coriolan lui a semblé un sujet spectaculaire, avant tout digne d'intérêt par ses propres spectateurs. Le contenu subversif vis à vis de sa monarchie élisabéthaine ne lui a sans doute pas échappé. Tout dramaturge aime à chatouiller ses puissants en racontant une bonne histoire.

Et la bonne histoire n'a pas été oubliée par Christian Schiaretti en montant ce spectacle. Le divertissement est restitué, grandeur nature avec trente bons comédiens sur scène. Suffisamment en tous cas pour donner de l'ampleur aux foules, aux batailles, à la fureur générale de Coriolan. Ce spectacle n'est pas une petite chose, les transitions sont énergiques, la violence palpable, les ellipses des batailles élégamment traitées. Le spectateur est respecté et libre à lui finalement de trouver un sens actuel à la pièce.

Il reste ces fâcheux costumes élisabéthains, un parti pris de mise en scène qui rend pittoresque ce qui aurait pu être pertinent. Tout le monde modernise Shakespeare, certes, à commencer par les meilleurs anglais. On comprend la volonté de ne pas faire comme tout le monde. Mais au prix d'une faute de goût? L'histoire a eu ses périodes sombres également dans la mode et le mythe de Coriolan ne sort pas indemne de ces culottes bouffantes ridicules. En outre, rien ne dit qu'à cette époque les pièces antiques n'étaient pas jouées en toge. Le vêtement antique à cela de commun avec le notre qu'il égalise des individus différents. Ce fait même, comme l'interdiction de la tenue militaire dans l'enceinte de la cité, est un fondement de la "civilitas" romaine. La déférence, le respect affiché envers ses concitoyens, au delà des classes, est un ciment social.