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[archive théâtre]
L'illusion comique

genre: comédie / durée: 2h00


auteur
Pierre Corneille
metteur en scène
image disponible Galin Stoev
comédiens
image disponible Loïc Corbery, image disponible Hervé Pierre, image disponible Denis Podalydès, image disponible Julie Sicard, Adrien Gamba-Gontard, image disponible Judith Chemla, Alain Lenglet


critique
++__ Des hauts et des bas

L'énergie de l'amour est rouge - surtout quand elle se donne sur fond de L'énergie de l'amour est rouge - surtout quand elle se donne sur fond de

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[critique]

++__ Des hauts et des bas

par Anne Eyrolle le 11-12-08

C'est dans un décor énigmatique, comme un hangar industriel fait de métal et plexiglas, que les comédiens du Français tentent de poser l'intrigue, aussi clairement que possible. Ce n'est pas facile, la langue de Corneille est raide, on n'a plus l'habitude de ces vers secs et hachés. Même les excellents acteurs de cette troupe peinent à la faire entendre. Puis l'histoire n'est pas des plus limpides : un père, Pridamant, (Alain Lenglet) vient voir le mage Alcandre (Hervé Pierre) pour essayer d'avoir des nouvelles de son fils, parti pour échapper à son autorité et vivre sa vie. Entre ensuite ce fils, Alcandre, dans la peau d'un Loïc Corbery pas encore très souple, lui non plus.

Puis Denis Podalydès entre en scène et immédiatement l'air circule. On respire, enfin. Ce fier imbécile de Matamore qu'il incarne aussitôt amuse; il suffit d'un geste de la tête, d'un regard, d'un déhanchement du comédien pour provoquer l'hilarité dans la salle. Denis Podalydès, on ne le dit pas assez, est un des plus grands comédiens de sa génération, d'une intelligence et d'une liberté à couper le souffle. Avec la participation de l'excellent Adrien Gamba-Gontard (Adraste, dans la pièce), l'imbroglio amoureux qui se tisse bientôt achèvera d'assouplir l'ensemble et de divertir. Bien vite, Loïc Corbery peut exprimer sa jeune beauté fougueuse, Judith Chemla devient drôle et attachante. Et malgré quelques empêtrements dans le texte ce soir-là, Julie Sicard peut sortir son grand jeu dans le choix cornélien qui la torture, entre fidélité de servante et passion de femme amoureuse. Chacun de ses monologues est brillant, sincère, profond. Une autre grande comédienne qui occupe cette scène.

La mise en scène de Galin Stoev ne facilite pas la tâche des comédiens : froide, figée, peu visible, où les personnages doivent glisser sans cesse d'un espace étriqué à un autre, en transparence derrière des vitres. Un jeu avec des caméras complique encore la compréhension et freine la fluidité des mouvements. Si quelques scènes ennuient presque, c'est sans doute beaucoup à cause de ces partis pris. On leur résiste, pourtant, parce que le texte, parce que les comédiens. Et lorsque arrive l'épilogue, on leur pardonne, mieux: on les comprend et les applaudit ; quand l'intrigue de Corneille est enfin dévoilé, c'est toute la mise en scène qui fait sens. Froide, sèche, mais intelligente et juste. Et au service d'un texte somptueux que les comédiens du Français ont, une fois de plus, porté haut.

[bio]
metteur en scène: Galin Stoev
Galin Stoev

Metteur en scène bulgare né à Varna en 1969.

Diplômé de l'Académie Nationale des Arts du Théâtre et du Cinéma (Sofia), il commence à travailler à Sofia en 1991 comme metteur en scène et comédien. Il met en scène, notamment, au Théâtre National à Sofia : "Madame de Sade" de Mishima, "Le cercle de craie caucasien" de Bertolt Brecht et "Arcadia" de Tom Stoppard, Prix de la Meilleure Production en 2001.

Parmi ses récentes mises en scène, "Jeux de Massacre" de Ionesco au Théâtre de la Ville de Ljubljana en Slovénie, "Le Jeu de l'amour et du hasard" d'après Marivaux au Théâtre Dramatique de...

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