Share/Bookmark
[archive théâtre]
L'affaire de la rue de Lourcine

genre: comédie / durée: 1h15


auteur
Eugène Labiche
metteur en scène
Jérémy Lippmann
comédiens
image disponible Yann Collette, Pierre Berriau, Alexandre Michel, Christine Pignet

  • du 19-12-08 au 01-06-09
    7 rue Louis le Grand, 75002 Paris
    tel: 01 42 61 44 16

    infos: mardi au samedi: 21h, samedi: 16h et 21h

    prix: de 11 € à 38 €

critique
+++_ L'alcool juste

affiche affiche où l'on tente de s'en laver les mains où l'on tente de s'en laver les mains où l'on apprend l'épouvantable crime commis rue de Lourcine où l'on apprend l'épouvantable crime commis rue de Lourcine Yann Collette est plus Lenglumé que nature Yann Collette est plus Lenglumé que nature Christine Pignet en Norine Lenglumé Christine Pignet en Norine Lenglumé Pierre Bériau en Mistingue Pierre Bériau en Mistingue

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+++_ L'alcool juste

par Louis-David Mitterrand le 27-12-08

Labiche ne s'offre pas au premier venu. Il est tentant de s'en saisir gaillardement, croyant réussir à coup sûr une bonne comédie. Mais ça tombe facilement à plat, menant les comédiens au piège de l'agitation fébrile. Il y a une complexité dans ces pièces dont la seule première couche n'intéresse pas vraiment le public actuel: les pitreries des personnages. Juste au-dessous réside la vraie matière première de Labiche: l'absurde tout à fait intemporel, véritable source de puissance comique. Et si l'on creuse encore un peu, voici le tragique qui apparaît, donnant leur réalité poignante aux situations.

Le sieur Lenglumé est un bourgeois ne dédaignant pas une beuverie entre anciens camarades de classe, au point d'oublier même y avoir participé. En cette matinée où sa plantureuse épouse est affairée à préparer le baptême d'un cousin, nous le trouvons dans son lit à moitié habillé et sans le moindre souvenir de la veille. Cela est gênant car alors rien ne peut expliquer la présence dans ce même lit d'un dénommé Mistingue, premier prix de latin. Les vapeurs d'alcool persistantes n'aident pas au travail de mémoire. Mais las! il faut bien déjeuner et l'on apprend par le journal qu'une jeune charbonnière fut sauvagement assassinée la veille par deux individus passablement éméchés, rue de Lourcine. Et comme par hasard Mistingue et Lenglumé ont des morceaux de charbon dans les poches, mais aussi des noyaux de cerise. Vous avez dit bizarre?

L'angoisse de la culpabilité allumant un feu sous ces deux ivrognes, bien inoffensifs au demeurant, la suite devient intéressante. Car le mot-clé ici est alcool. Jouer avec justesse un personnage imbibé représente un défi pour tout comédien. La voie est étroite entre caricature et surjeu. Heureusement, nous avons les excellents Pierre Beriau et Yann Collette. Ce dernier apporte à Lenglumé une étrangeté supplémentaire, une superbe humanité. Par la justesse de son interprétation il nous attache son personnage comme rarement en comédie et donne le ton juste au reste de la troupe. D'ailleurs, on ne peut passer sous silence la belle présence de Christine Pignet, en Madame, dont les seules entrées font déjà rire. Ce qui ne compromet en rien le rôle de contrepitre qu'elle doit assurer en compagnie d'Alexandre Michel, à la fois domestique Justin et cousin Potard.

Il faut mentionner des intermèdes musicaux assez savoureux et qui sortent un instant de l'enchaînement infernal des 21 scènes. La mise en scène faussement classique et efficace de Jérémy Lippmann réserve d'autre surprises. Mais surtout elle gagne le spectateur. Ces personnages qu'on croirait simplement fait pour amuser finissent par nous émouvoir. Vous savez ce qu'il vous reste à faire: téléphoner au théâtre pour aller voir ce spectacle.