genre: comédie / durée: 1h30
infos: - mardi au vendredi à 21h - samedi à 18h39 et 21h - dimanche à 15h
prix: de 15 € à 36 €
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Zone de confort
par Louis-David Mitterrand le 19-02-09
Dans un récent entretien télévisé Valéria Bruni-Tedeschi confiait que le théâtre n'avait pas toujours été tendre avec elle, qu'il avait souvent été une "expérience douloureuse". Mais on ne peut pas vivre avec ses peurs et l'impression d'un échec, sans vouloir un jour les affronter. Dans son charmant et très personnel film "Actrices", la comédienne et réalisatrice tente déjà d'exorciser ce démon en nous montrant, au delà d'une femme tourmentée par son horloge biologique, son chemin de croix lors des répétitions d'une pièce russe aux Amandiers où, aux mains d'un metteur en scène brutal, elle ne parvient jamais à trouver son personnage. Ça sent terriblement le vécu.
Cela dit, la voici à nouveau sur des planches qu'elle n'a pas foulé depuis presque 10 ans. Quel qu'en soit le résultat cela ne peut être qu'intéressant. Le rideau se lève donc sur l'épisode suivant de son duel intime avec la scène, ce lieu de vérité où il est impossible de tricher, où l'on devient (ou pas) "comédienne". En l'occurrence elle passe la rampe, son personnage nous parvient, même s'il reste confus. La comédienne (c'en est une) est nerveuse au début, envoie trop vite son texte, comme par peur de le perdre. On frise l'italienne par moments, dans tous les sens du terme. Puis finalement un rythme s'installe, peut-être grâce au calme et solaire Stéphane Freiss, visiblement heureux d'être là. Son duo en rappelle un autre, superbe, dans le récent "Détails" de Lars Norén, avec Marianne Basler. Cette dernière (qui, coïncidence, joue en ce moment dans le même théâtre) partage avec Valéria une même fragilité touchante sur scène, une inquiétude vaguement résignée et mélancolique du temps qui passe.
Stendhal prétendait qu'une femme ne reste belle longtemps que pour ceux qui l'ont connu jeune. Lui qui aimait les actrices (et l'Italie), aurait changé d'avis en voyant jouer l'une ou l'autre de ces blondes dont la sensualité et le charme paraissent inaltérables. On comprend donc pourquoi l'avocat de bonne famille Pietro à épousé la grisette Guiliana uniquement "par allégresse", huit jours après l'avoir rencontrée dans une soirée bien arrosée. Voilà une fille qui a du chien, du bagout, s'est-il dit. Voilà un type propre sur lui, pas trop con et qui a du pognon, a-t-elle pensé. Et les voici en train de partager un appartement comme il se doit pour tout couple marié. Mais tout reste à faire, à commencer par comprendre pourquoi ils sont ensemble. Et il faudra gérer la mère de Pietro, pas ravie de cette mésalliance.
Cette pièce effleure la question du pourquoi de l'amour, si tant est qu'il en faille un, mais sans vraiment rentrer dans le vif du sujet. Ça parle beaucoup, surtout les femmes, mais il n'en ressort pas grand chose. Ni comédie ni drame, nous sommes plutôt dans la tranche de vie typique du réalisme italien des années 60. Un produit non dénué de charme mais dont l'objet, le propos, restent obscurs. Le public semble apprécier en tout cas, et le format d'une heure trente est tout à fait digeste.
Valéria Bruni-Tedeschi a en partie monté ce spectacle et donc choisi ce rôle de Guiliana, n'en doutons pas, par affinité avec le personnage. Ce faisant elle ne sort pas de sa zone personnelle de confort, ce qui est compréhensible. Quand il s'agit de remettre le pied à l'étrier on choisit un cheval plutôt doux. Chaque chose en son temps. Mais un jour il faudra bien tenter de dompter le mustang, c'est à dire sortir de cette zone et accepter de confier son destin à des contre-emplois risqués, de la tragédie et, sommet de la difficulté, du boulevard. A suivre.