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[archive théâtre]
Anne Bacquet

genre: seul en scène / durée: 1h15


metteur en scène
Claudine Allegra
comédien
Anne Bacquet


critique
++__ Diva divine

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[critique]

++__ Diva divine

par Christian Krumb le 15-03-09

C'est incroyable comme le temps semble ne pas avoir de prise sur certaines personnes. Depuis son premier tour de chant en solo au théâtre du Renard il y a douze ans, Anne Baquet, " la jolie blonde un peu gironde ", n'a rien perdu de son peps. Il y a du clown en elle, une force comique indéniable, un penchant prononcé pour la pirouette et le pied de nez. On en oublierait presque que, sous ces airs ingénus, ce petit bout de femme comme tout le monde, sans fards ni paillettes, est doté d'un brin de voix ce qu'il y a de plus remarquable. Si vous veniez à en douter, entre deux pitreries, elle ne manque jamais d'inscrire au programme un ou deux morceaux de bravoure bien choisis, ornés de vocalises et de roucoulades de haute volée, histoire de montrer qu'elle est aussi une musicienne accomplie. Si elle rend un hommage appuyé et drolatique " aux casseroles et aux faussets ", elle ne commet pas une fausse note, ni de musique ni de bon goût.

Pour l'accompagner, il fallait au piano quelqu'un qui soit de la même trempe, pas un faire-valoir, mais un vrai tempérament. Le duo qu'elle forme avec le virtuose Grégoire Baumberger est plein de piment, de cette folie tantôt douce tantôt furieuse qui signent les plus grands couples de cabaret.

Comédienne, chanteuse, danseuse aussi, Anne Baquet a plus d'une corde à son art. Elle est en cela le digne successeur de son père Maurice (1911-2005). Acteur pour Jean Renoir, violoncelliste accompli, pendant toute sa longue carrière, il n'a cessé de passer d'un genre à l'autre, du plus sérieux au plus frivole, du grand écran au petit, du théâtre à la musique, de l'opérette et au music-hall. Formée à la très académique école russe de Saint-Pétersbourg, c'est au cirque qu'elle a quant à elle développé son instinct comique. En dehors de ses tours de chant, elle se produit régulièrement sur les scènes lyriques, à l'aise chez Lully comme chez Offenbach. L'éclectisme de cette enfant de la balle s'inscrit dans une tradition qui n'est pas seulement familiale et qui semble depuis quelques années retrouver de belles couleurs avec le succès du Quatuor, de la Framboise frivole* ou des Cinq de coeur, pour ne citer qu'eux. De son père, elle a hérité une liberté d'esprit qui fait qu'elle n'hésite pas à convoquer dans un même programme Mireille, Rachmaninov, Chopin, Anne Sylvestre, Francis Poulenc et Gérard Calvi. Toujours elle fait une place de choix à la chanson. Quelle joie d'entendre des couplets qu'ont ciselé pour elle les fidèles complices que sont Georges Moustaki, Marie-Paule Belle, Isabelle Mayereau, au rang desquels se sont ajoutés au fil du temps François Morel et Juliette Nourredine.

Rien de très neuf me direz-vous. Redécouvrir cette veine de la chanson française, dite " à texte ", " chanson de résistance " qui a survécu à toutes les modes, aux diktats commerciaux, aux aléas de l'air du temps, n'est pas le moindre plaisir de ce spectacle. Il y a quelque chose de rafraîchissant dans ce répertoire qu'elle sert à merveille, de familier, qui fait qu'on se sent comme chez soi, en famille. Et quand la diva nous donne un rap en scratchant sur les cordes de son piano, elle montre à la fois de la virtuosité et un sens de l'humour et de la dérision qu'on aimerait trouver chez plus d'une tête d'affiche. Naïve sans jamais être mièvre, drôle sans céder au cabotinage, ce qui réjouit le plus chez elle, c'est sa fraîcheur de débutante, sa spontanéité jamais fabriquée, qualités qu'on ne trouve que chez les grands. " Non, je ne veux pas chanter ", annonce-t-elle sur l'affiche, comme un défi. N'en croyez rien. Allez-y. Ne boudez pas votre plaisir. Et si je vous dis que tout cela se joue dans une des salles les plus belles de la capitale, où il fait bon venir et revenir, le théâtre du Ranelagh, vous hésitez encore ?