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[archive théâtre]
Le soulier de satin

genre: drame / durée: 10h59 / entractes: 3


auteur
Paul Claudel
metteur en scène
image disponible Olivier Py
comédiens
Céline Chéene, John Arnold, Pierre-André Weitz, Olivier Balazuc, Mireille Herbstmeyer, Damien Bigourdan, image disponible Michel Fau, image disponible Olivier Py, Sylvie Magand, Christophe Maltot, Elizabeth Mazev, Sissi Duparc, Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Mireille Herbstmeyer, Miloud Khetib, Stéphane Leach, Jean-François Perrier, Alexandra Scicluna, Jeanne Balibar, Bruno Sermonne, Nazim Boudjenah

  • du 07-03-09 au 29-03-09
    Place de l'Odéon, 75006 Paris
    tel: 01 44 85 40 40
    site: www.theatre-odeon.fr

    infos: Spectacles en 2 parties ou en intégrale

    1ère partie : les mercredis 11, 18 et 25 mars à 18h30

    2ème partie : les jeudis 12, 19 et 26 mars à 18h30

    Intégrale (11h) : les samedis 7, 14, 21, 28 mars à 13h et dimanches 8, 15, 22, 29 mars à 13h

    durée du spectacle : 1ère partie : 4h20 avec entracte ; 2e partie : 5h30 avec entracte ; Intégrales : 11h avec 3 entractes

    prix: de 16 € à 40 €

critique
++__ Claudel l'universel

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[critique]

++__ Claudel l'universel

par Caroline Lopez-Oros le 15-03-09

Six années après avoir créé "Le Soulier de Satin" à Orléans où il était alors directeur du centre dramatique national, Olivier Py reprend la pièce. Un marathon-théâtre de 11h en version intégrale permettant d'apprécier la juste compréhension de l'oeuvre de Claudel par le metteur en scène.

Écrite par Claudel entre 1919 et 1924 alors qu'il est ambassadeur à Tokyo, "Le Soulier de Satin" se déroule à la Renaissance espagnole, au temps des conquistadors, et raconte sur quelques dix années l'amour impossible de Dona Prouhèze et du capitaine Don Rodrigue. Traversée d'un fort rapport au religieux, la pièce renvoie - fort heureusement - plus à une expérience de la foi sensible, proche d'un mysticisme, que d'un prosélytisme simpliste. Dans ce monde à l'universalité affirmée, l'on suit en d'incessants allers et retours les destins personnels des amants. Tandis que le premier se jette dans une quête d'absolu prenant la forme de voyages sans fin, la deuxième s'est, par le don initial à la vierge de son soulier, condamnée à une immobilité quasi immuable. Chacun scelle ainsi à sa manière son impossibilité d'aimer l'autre librement et de se rejoindre autrement que par la pensée.

De cette histoire d'amour d'apparence simple, Claudel compose un texte touffu et puissant, sorte de théâtre-monde à l'ampleur folle, et que la mise en scène démesurée d'Olivier Py transmet dans toute sa force. Marquée par un dialogue incessant entre terre et ciel, le texte se divise en journées - filiation directe faite ici au théâtre du siècle d'or espagnol - permettant des écarts entre temps et lieux. Aux pays traversés se mêlent les genres dans une danse de vie éperdue et passionnée et le drame élisabéthain succède à la bouffonnerie de la Comedia dell'arte, le grotesque à un mysticisme passionné. L'absence d'unité stylistique ne sonne pourtant pas faux, la puissance du verbe et le lyrisme débordant donnant à la pièce un lien indissoluble, renforcé par le dispositif scénique et l'interprétation des comédiens.

C'est dans une scénographie dominée par les couleurs classiques du rouge, du noir et de l'or qu'Olivier Py installe les comédiens. Un décor démesuré et " déboîtable " à volonté, fait d'éléments ultra-stylisés à la symbolique essentielle - sphère, façades d'églises, etc. - transmet les mouvements successifs de ce monde globalisé alors en construction. Un débordement qui n'alourdit cependant pas la narration, soulignant au contraire les soubresauts agitant les personnages et le monde. L'esthétique flamboyante culmine lors de la troisième journée, marquée par l'unique scène de rencontre entre les amants et le choix de Dona Prouhèze de confier sa fille à Rodrigue. La scénographie atteint ici un paroxysme, à l'image du lyrisme fulgurant qui la traverse et à laquelle succède la quatrième journée, dominée elle par une forme de résignation.

À cette mécanique parfaitement huilée répond une interprétation là aussi plutôt séduisante. L'essentiel de l'équipe ayant participé à la première aventure du Soulier en 2003, les comédiens traversent la pièce nourris de leur première connaissance. On retrouve, entre autres, les compagnons de route de Py, tels Michel Fau toujours aussi excellent dans des rôles taillés sur mesure ou Philippe Girard sensible et droit dans Don Rodrigue. Jeanne Balibar en Dona Brouhèze donne un joli contrepoint à Philippe Girard par son absence de pathos et sa justesse impeccable, exempte de tout sentimentalisme.

Car c'est parfois de là que l'ennui naît, d'une tendance à un jeu trop émotionnel et excessif, annulant plus qu'il ne transmet le lyrisme de la langue. Mais ces quelques instants n'entachent cependant en rien l'expérience de théâtre que constitue ce Soulier de Satin. On se laisse largement emporter par le tourbillon de l'ensemble, et la traversée de cette oeuvre-fleuve est jalonnée de véritables chocs sismiques. Qui font oublier la durée, et permettent d'appréhender la définition qu'Olivier Py donne de la catholicité de Claudel : " il [Claudel] est catholique au sens premier, étymologique du terme : katholikos, ''universel'' ".

[bio]
metteur en scène: Olivier Py
UNDEF

Auteur, metteur en scène, comédien de théâtre français né en 1965 à Grasse. Il dirige l'Odéon-Théâtre de l'Europe depuis le 1er mars 2007.

Après des études de Première Supérieure et de Lettres Supérieures au Lycée Fénelon, il entre à l'ENSATT (rue Blanche) puis, en 1987, au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique, ce qui ne l'empêchera pas d'entamer des études de théologie et de philosophie à l'Institut Catholique. En 1988, sa première pièce, Des Oranges et des ongles, est créée par Didier Lafaye au théâtre Essaïon. La même année, Py fonde sa propre compagnie, "L'inconvénient ...

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