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[archive théâtre]
Terre Sainte

genre: drame psychologique / durée: 1h30


auteur
Mohamed Kacimi
metteur en scène
Sophie Akrich
comédiens
Lily Bloom, Katia Dimitrova, John Kokou, Mehdi Dehbi, Bernard Allouf

  • du 10-03-09 au 12-04-09
    route du Champ-de-Manoeuvre, 75012 Paris
    tel: 01.43.28.36.36
    site: www.la-tempete.fr

    infos: Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h30.

    prix: de 10 € à 18 €

critique
+++_ Faire l'humour sous les bombes

Affiche Affiche Bernard Allouf et Lily Bloom Bernard Allouf et Lily Bloom Katia Dimitrova et Lily Bloom Katia Dimitrova et Lily Bloom

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[critique]

+++_ Faire l'humour sous les bombes

par Pauline David le 17-03-09

Entre les bombes et les tirs de rockets, Imen, Yad, Alia et les autres tentent de garder un brin d'humanité : certains ont choisi la musique pour se défendre, d'autres la religion. Pour d'autres encore, c'est le cynisme et l'humour qui les aident à " rester homme ". Et c'est assurément cette dernière arme qui permettra de survivre. C'est en tout cas celle choisie par Mohamed Kacimi qui signe ici un texte éminemment drôle et poétique. Jésus, le chat de gouttière, a des pulsions kamikazes tandis que Alia n'a qu'un rêve : s'offrir de nouvelles chaussettes.

C'est moins la guerre que son absurdité qui nous est montrée. Dehors, les bombes tonnent. Mais ici, à l'intérieur de ces deux appartements enchevêtrés, c'est autre chose qui se joue. C'est la routine de la guerre qui se fait plus violente encore que n'importe quel char blindé. Elle transforme la mort en habitude et les hommes en insensibles cyniques. Jamais le texte ne prendra parti, jamais il ne dénoncera, sinon la vacuité d'une guerre qui n'en finit pas de tuer. Si l'on entend les bombes, si l'on ressent le bourdonnement des rockets, Sophie Akrich s'est défendue de tomber dans une mise en scène hyper-réaliste. En refusant d'ancrer un décor dans une matérialité trop stricte, elle nous signifie que ces conflits se jouent partout, tout le temps. Ce n'est pas le récit d'une guerre mais bien celui d'une humanité.

Mohamed Kacimi a su porter sur ces personnages un regard empli d'affection. Portés par des comédiens saisissants de justesse, ils sont tout sauf des héros et c'est ce qui nous les rend beaux. Les femmes particulièrement, qui préfèrent perdre leur  honneur  pour sauver leur dignité dans cette guerre où " il y a décidément trop de couilles et pas assez de jugeote ". Une pièce féministe en somme. Enfin, la pièce ne serait sans doute pas ce qu'elle sans la fine utilisation de la musique de Frédéric Minière, qui, en mêlant chants hébreux et chants arabes dans une ultime complainte, fait naître une note d'espoir dans la tragédie.

Traiter du conflit israélo-palestinien au théâtre est toujours un défi : celui de porter une parole engagée sans être partisane. Mohamed Kacimi et Sophie Akrich y sont parvenus avec humour et pudeur, intelligence et poésie.