genre: divers / durée: 2h10
Jean-François Balmer, Vincent Debost, Jacques Weberinfos: Le dimanche à 18h et 21h Le lundi à 21h
prix: de 10 € à 20 €
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Théâtre ou pas? C'est tout le débat
par Anne Eyrolle le 19-02-07
Dans l'histoire de la politique française, 1974 marque sans nul doute un virage devenu depuis ligne droite et ascendante : en proposant un débat entre les deux candidats à la Présidence de la République, l'ORTF faisait définitivement entrer les politiques dans l'arène médiatique. Et, du même coup, dans un univers où trône l'art de la formule et de la posture convaincantes : un univers qui a comme un goût prononcé de théâtre. Politique et théâtre : à vrai dire, la relation ne date pas d'hier ni même de 30 ans, puisque elle leur est conjointement originelle. (cf l'oeuvre de l'hélleniste Jean-Pierre Vernant, "Entre Mythe et politique, Seuil, 1996). Cette raison historique suffit pour justifier le désir de Jacques Weber de monter sur scène les 2 débats qui, à 7 ans d'intervalle, ont opposé les derniers grands rhétoriqueurs du XXème siècle, VGE et François Mitterrand. D'ailleurs, à l'instar des grands dramaturges, ceux-là ont su faire entrer dans la postérité quelques répliques, du "vous n'avez pas le monopole du coeur" ou "vous êtes un homme du passé lancés par un VGE toute zénitude à un F.M ostensiblement défensif, jusqu'au "Vous êtes un homme du passif", répliqué lors du match-retour. De la rhétorique, de la tactique, des tics, aussi (lunettes qu'on met et qu'on ôte nerveusement ou crayon qu'on tripote entre deux tirades...): en 74 puis en 81, il est clair que la télé a offert deux grands moments de jeu aux spectateurs. Mais l'intérêt dramaturgique s'arrête là : à quelques tournures langagières et deux-trois mimiques. Tout le reste est politique. Pinaillage sur la Constitution ou sur les chiffres du chômage, démagogie et promesses démesurées... Jacques Weber et Jean-Marie Duprez, son compagnon sur cette adaptation, ont voulu éviter le piège du trop théorique en réduisant à 1h chacun deux débats qui duraient respectivement 3h et 2h. Pourtant, même densifiés, les propos lassent vite. Et le jeu peine à raviver la salle. Soucieux de ne pas faire les imitateurs (il s'agit de Weber et Balmer, pas de Didier Gustin et Nicolas Canteloup, rappelons-le), les deux comédiens s'efforcent d'apporter leur propre originalité et talent d'interprètes à leurs illustres personnages. Cela pourrait fonctionner. Sauf que du fait des contraintes d'un texte lu à la lettre et d'une mise en scène fidèlement télévisuelle donc figée, la marge de manoeuvre est trop limitée pour les y autoriser vraiment. Aussi, se retrouvent-ils à basculer sans cesse entre trop et pas assez de distance avec leurs héros. Jean-François Balmer ne peut s'empêcher quelques mitterrandades de la bouche pincée et du regard plissé, tandis qu'à l'inverse, Jacques Weber n'en finit pas de nous inventer un VGE tout en puissance et rondeur charismatique -inconnu au bataillon. Dans la salle, des nostalgiques d'un temps où les débats politiques avaient du panache, et des électeurs qui peuvent constater qu'en 30 ans, les soucis du chômage ou de la vie chère n'ont guère trouvé de réponses. Mais n'auraient-ils pas eu intérêt à rester face à leur ordinateur pour consulter les archives de l'INA, et voir le débat, le vrai? Dans la salle, aussi, des amateurs de théâtre et notamment de ces grands comédiens que sont Balmer et Weber. Ceux-là ont des raisons de regretter que les deux acteurs n'aient pas clairement choisi une création -éventuellement adaptée de débats politiques. Bref, "Débats" manque de clarté : or, n'est-ce pas le moins que l'on puisse exiger de la scène théâtrale quand elle se veut politique?