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[archive théâtre]
Rien ne sert d'exister

genre: seul en scène / durée: 1h15


auteur
Yves Cusset
comédien
Yves Cusset


critique
+++_ Comme dirait Kant : "C'était bien!"

Yves Cusset en pleine réflexion... Yves Cusset en pleine réflexion...

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[critique]

+++_ Comme dirait Kant : "C'était bien!"

par Pauline David le 17-11-09

Sur la petite scène du Théâtre de Ménilmontant, le décor est maigre : un amoncellement de valises trône au centre du plateau. Apparaît alors Yves Cusset dans un pyjama rouge. Lui, le saltimbanque du doute, le " philosophe de scène " comme il se plait à se décrire. Le " doute hyperbolique chronique " du comédien semble être, pour notre plus grand bonheur, un mal incurable. Obnubilé par ses questionnements existentiels, il a choisi de nous faire partager son angoisse pour s'en débarrasser. Nous, "masse informe de spectateurs" qui n'existons que parce que lui, Yves Cusset, se donne la peine de bien vouloir nous percevoir.

De Kant à Wittgenstein en passant par " la mort pour les nuls ", il nous entraîne sur la voie du doute et du questionnement. Ces interrogations que nous nous posons tous un jour où l'autre, il les met en lumière. Avec humour, évidemment. Mais avec pudeur, aussi. La poésie qu'il dissémine dans ses textes fait résonner nos propres doutes : A quoi sert-il d'exister? L'amour est-il possible ? Comment trouver la voie sur laquelle, qu'on le veuille ou non, nous sommes tous déjà engagés ? Le philosophe ouvre ses valises et avec elles, notre appétit insatiable d'incertitude. Jamais, pourtant, ces boites de Pandore ne nous donneront les réponses. De point final il n'y aura point : Yves Cusset affectionne trop les questions pour risquer de se perdre en y répondant définitivement. Et il sait, en bon philosophe, que les questions en disent bien plus que les réponses...

Si il n'évite certes pas quelques ressorts habituels du "seul en scène" : la traditionnelle apostrophe au spectateur du premier rang qui ne " semble pas avoir bien tout compris ", ses " crises " qui décrédibilisent parfois son propos, il sait cependant admirablement s'en dégager grâce à une écriture d'une grande intelligence et d'une incomparable drôlerie. Le jeu n'est jamais poussif et les transitions, souvent malmenées dans ce type de spectacle, sont ici conduites d'une main de maître.

Bien sûr, l'artiste doit se lasser de ses comparaisons avec Desproges et Devos. Mais à l'évidence, je ne dérogerai pas, moi non plus, à cet aisé rapprochement. Car oui, Yves Cusset jongle avec les concepts philosophiques comme Devos avec ses facéties verbales et Desproges, ses digressions cinglantes. A grand coup d'interrogations métaphysiques aussi absurdes que spirituelles (" la mort vaut-elle la peine d'être vécue ? "), le philosophe fait rire et penser. Et c'est suffisamment rare pour ne pas passer à côté.