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[archive théâtre]
Fièvre

genre: seul en scène / durée: 1h15


auteur
Wallace Shawn
metteur en scène
Lars Norén
comédien
Simona Maïcanescu

  • du 13-01-10 au 30-06-10
    36 rue des Mathurins, 75008 Paris
    tel: 01 42 65 62 46
    site: www.theatremm.com

    infos: du mardi au samedi à 19h dimanche à 17h

    prix: de 20 € à 32 €

critique
++__ crise de conscience

affiche affiche Simona Maïcanescu Simona Maïcanescu

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[critique]

++__ crise de conscience

par Louis-David Mitterrand le 19-01-10

Une femme seule sur le plateau et pratiquement immobile, à part ses mains. Elle nous fait part de ses états d'âme, soulage sa conscience de toutes les culpabilités. Son problème? La honte qui vient troubler son bonheur. Bien sûr jamais ce mot indécent n'est prononcé. On tourne autour comme en faisant des claquettes: le plaisir des bons hôtels où l'on reste au lit avec un café, téléphonant aux amis pendant des heures, l'écriture, les voyages. Ces grandes villes américaines qui contiennent tous les possibles, satisfont tous les désirs. La civilisation occidentale quoi.

Et puis il y a ce manteau noir à rubans sous lequel on devine un corps souple, sensuel, bien ancré dans le présent de ses exigences. Des rubans satinés qui aiment les conversations, les restaurants, la nuit, l'argent. Mais pendant ce temps que font les pauvres, les autres? Y a-t-il une solution pour eux? Même le "Capital" de Marx, qu'elle feuillette tel un magazine, ne donne pas de réponse claire ou compréhensible. Seul un passage sur le "fétichisme du produit" vient à l'obséder. Chaque chose de son quotidien est donc le résultat d'une longue chaîne où de nombreux pauvres ont contribué à son plaisir? Et là ça fait encore plus mal.

Voilà un texte intéressant, sincère, obscure, agaçant parfois. Il nous dit que le bonheur est impossible. "L'ennui, ce grand ennemi des gens heureux" dont parlait Stendhal, finit par nous en priver. L'homo sapiens a besoin de conquêtes, de mouvement, de ce qu'on appelle le progrès. A défaut il s'étiole et devient ce personnage de Wallace Shawn, spectateur impudique de sa propre impuissance, enfermé dans ses doutes et vaguement moralisateur. Comme repoussoir, il a le mérite de susciter la réflexion.

Mais une dose d'humour, ce puissant vecteur, eût donné de la vie, de la pertinence au propos. De même qu'une véritable mise en scène. Se contenter de statufier un personnage sur le plateau, à la manière de Beckett, ressemble ici au service minimum. La comédienne Simona Maïcanescu paraît clairement sous-utilisée.