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[archive théâtre]
L'Affaire de la rue de Lourcine

genre: divers / durée: 1h15


auteur
Eugène Labiche
metteurs en scène
Jérôme Deschamps, Macha Makeieff
comédiens
Luc-Antoine Diquero, Arno Feffer, Dominique Parent, Lorella Cravotta, Marie-Christine Orry, Pascal Ternissien, Jean-Claude Bolle-Reddat, image disponible Nicole Monestier, Philippe Leygnac


critique
++__ La fraîcheur Deschamps

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[critique]

++__ La fraîcheur Deschamps

par Anne Eyrolle le 27-02-07

Un appartement bourgeois, après une soirée bien arrosée. L'esprit embrumé, c'est à peine si, à son réveil, Lenglumé parvient à se souvenir que la veille il avait échappé à la surveillance de sa femme pour retrouver des amis dans une fête des anciens de son lycée. Mais quand il découvre, dans son lit, un inconnu tout aussi fatigué que lui par l'alcool, là, les souvenirs lui échappent tout à fait. Aussi, en apprenant qu'un meurtre a été commis dans la nuit par deux hommes ivres, les deux amnésiques ne peuvent que se croire les coupables d'un crime horrible. Il ne leur reste plus qu'à effacer tous les indices qui les accusent et les éventuels témoins qui pourraient les trahir... d'un meurtre dont ils finiront par découvrir qu'il n'est pas le leur. Accueilli -sous les applaudissements par beaucoup, avec dédain par certains- comme un auteur de vaudevilles, Labiche a vécu dans le regret de ne pas signer de grandes comédies de moeurs. Eternelle insatisfaction du perfectionniste de talent, est-on forcé de diagnostiquer en découvrant cette "Affaire de la rue de Lourcine". Car sous les effets classiques du quiproquo et des gaffes à gogo, ce sont bel et bien des portraits finement incisifs que dresse l'auteur. Pour maintenir sa réputation confortablement assise dans ses costumes trois pièces et les crinolines de son épouse, le bourgeois -l'Homme- est prêt à tout, y compris au meurtre. Et il a tôt fait d'oublier la moralité dont il se veut un digne représentant s'il s'agit de sauver sa propre peau et ses petits meubles en bois vernis... Le temps d'une franche rigolade, Labiche soulève la poussière qui stagne sous les canapés fleuris pour braquer les plafonniers cristallins sur les sentiments les plus vils de l'âme humaine. L'honorabilité, nous dit-il, ne tient qu'à un fil. A un filet, en l'occurrence, dans la rubrique Faits divers des gazettes. Dans une mise en scène réglée comme du papier à musique (d'accordéon, comme ils en ont la jolie habitude), Deschamps et Makeieff s'en donnent à coeur joie pour mêler le comique et le caustique. Aux portes qui claquent, ils préfèrent celles qu'on se prend en pleine figure parce qu'elles se rebellent, signe d'un renversement radical des repères et des normes. Et avec elles, les meubles s'animent, les chats grincent plus qu'ils ne miaulent... Dans cet immense capharnaüm, le chant castafioresque de la cousine prend des airs presque tragiques, et les rires idiots du cousin ont vite des sonorités métalliques. Tandis que la drôlerie persiste, notamment dans l'allure dégingandée du domestique -irrésistible Pascal Ternissien. Assumant la dimension sarcastique du propos -peut-être plus que Labiche lui-même- cette "Affaire de la rue de Lourcine" offre un spectacle aussi intelligent que réjouissant.