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[archive théâtre]
Léonce et Léna

genre: divers


auteur
image disponible Georg Büchner
metteur en scène
Jean-Baptiste Sartre
comédiens
Frédéric Mulon, Irina Dalle, Jacques Boudet, Vincent Dissez, Eric Boucher, Vladislav Galard, Nathalie Kousnetzoff


critique
- De la comédie au grand n'importe quoi

UNDEF

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[critique]

-___ De la comédie au grand n'importe quoi

par Anne Eyrolle le 10-03-07

Jeune prince du royaume de Popo, Leonce passe ses journées à rien, avachi dans l'ennui et délivrant son dégoût de l'homme et du monde à son pseudo-philosophe de valet, Valério. Apprenant que son père a décidé de le marier à une princesse qu'il ne connaît pas puis de lui léguer son royaume, Leonce s'enfuit dans la forêt italienne avec son fidèle compagnon. De son côté, Léna, princesse du royaume de Pipi, pleure son désarroi dans les jupes de sa gouvernante : on lui a annoncé qu'elle devrait bientôt épouser un prince qu'elle n'a jamais vu et craint de détester. Dans sa fuite, elle rencontre par hasard Léonce. Tombés éperduemment amoureux, les deux mélancoliques sont bien décidés à s'unir, quitte à subir les foudres de leurs pères respectifs... Mais au lieu d'une crise familiale, ils ont droit à une célébration joyeuse, puisque, sans le savoir, ils viennent annoncer le mariage auquel on les avait justement destinés. Comédie de l'amour, satire du pouvoir et du romantisme, "Léonce et Léna" est une oeuvre aux facettes multiples, où la farce joue avec la poésie, et où les références à Shakespeare et à Musset se déclinent tantôt avec respect, tantôt avec irrévérence. Une pièce qui ne se laisse pas facilement saisir, à l'image de son auteur, Georg Büchner. Il n'a que 23 ans quand il écrit cette farce romantique, et derrière lui, déjà, des oeuvres aussi diverses qu'un "Essai sur le suicide" rédigé à 17 ans, une pièce non moins sombre mais brillante de désenchantement face au rationalisme qu'est "La Mort de Danton", ainsi qu'un pamphlet révolutionnaire qui lui vaut des poursuites judiciaires et l'oblige à fuir l'Allemagne pour la France puis la Suisse. Il mourra à Zürich, à 24 ans, avant d'avoir pu terminer l'écriture de "Woyzeck", ultime cri de révolte pour ce jeune génie qui, médecin, fils et frère de médecins, voulu vouer sa vie au soutien des pauvres contre les riches. Il y a de tout cela, dans "Léonce et Lena" : de la révolte et de la poésie, de la réflexion et de l'amusement. A travers le dessin de royaumes imaginaires grotesques, pointe la critique acerbe de ces petits mondes de privilégiés où l'on se gargarise de romantisme en signe d'impertinence mais sans pouvoir échapper à son destin confortable. Leonce est de ceux-là... Mais pas seulement : dans ses hymnes à la liberté claironne aussi la voix du poète qui prit part à la lutte contre les régimes despotiques de quelques Etats germaniques (1833) et qui créa une Association pour les Droits de l'homme en 1834... En somme, il n'y a pas plus faussement univoque que cette farce a priori légère, et la traduction de Bruno Bayen le souligne assez parfaitement. Pour Jean-Baptiste Sartre, au contraire, il semble que le grotesque soit l'intérêt unique de "Leonce et Lena". Dans un décor délabré où tout n'est que carton-pâte, des personnages s'agitent, insensés, plongeant violemment sur le sol, s'éclatant le visage contre les murs quand ils ne le tordent pas dans des mimiques terribles. Effrayant? Comique? Cette ambiguité -qui aurait pu révéler une fine lecture de ce texte complexe- ne tient pas la route ici, mal dirigée, trop hasardeuse, désorganisée. L'impression d'un très grand n'importe quoi l'emporte, au détriment de la poésie. Le propos à résonnance satirique meurt étouffé sous des gesticulations ineptes et des costumes ridicules (Leonce en tyrolien, Valério en clochard façon Arlequin, le roi Pierre en collant rose!). Les comédiens eux-mêmes semblent ne rien comprendre à ce qui se passe, et l'on ne s'étonne pas d'en voir quelques uns décrocher, ici dans un fou rire à peine contenu, là dans une roulade qui, malvenue, doit blesser. Certes, en roi Pierre blasé, Jacques Boudet sait faire rire aux éclats, certes, Frédéric Mulon a le visage blême, l'oeil cerné et le cheveu lassif d'un Léonce romantique, certes Irina Dalle suggère la langueur attendrissante de Léna. Mais ces potentiels sont gâchés par une direction de jeu qui, à trop vouloir créer le flou, élabore un mauvais délire inaccessible.

[bio]
auteur: Georg Büchner
UNDEF

Médecin, écrivain, dramaturge et révolutionnaire allemand. Né en 1813 à Goddelau, mort en 1837 à Zürich. Fils d'un médecin renommé, Ernst Büchner et frère de Ludwig Büchner, médecin et philosophe matérialiste, dès 1831, il fait des études de médecine à l'université de Strasbourg, puis à Gießen, en Allemagne. Il participe à l'agitation politique pour l'unité nationale s'opposant aux régimes despotiques dans la plupart des quelque cinquante États germaniques. Co-fondateur d'une Association pour les droits de l'homme (Gesellschaft für Menschenrechte) en 1834, il rédige en juillet avec le pa...

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