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[archive théâtre]
Du malheur d'avoir de l'esprit

genre: divers


auteur
Alexandre Griboïedov
metteur en scène
Jean-Louis Benoît
comédiens
image disponible Philippe Torreton, Jean-Paul Farré, Roland Bertin, Ninon Brétécher, Chloé Réjon, Louis-Do de Lencquesaing, François Cottrelle, Jean-Marc Roulot, Emilie Lafarge, Martine Bertrand, Suzy Rambaud, Jean-Marie Frin, Catherine Herold, Jézabel d'Alexis, Jacques Dupont

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critique
+___ Torreton... et c'est tout

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[critique]

+___ Torreton... et c'est tout

par Anne Eyrolle le 11-03-07

Après trois ans de voyages à travers le monde, Tchatski est de retour à Moscou, bien décidé à retrouver celle qu'il aime. Mais pendant son absence, Sofia s'est laissé séduire par un autre. Tchatski le comprend, le sent. Mais de qui s'agit-il? Est-ce Skalozoub, cet officier ridicule de présomption dont le père de Sofia fait déjà son hôte favori ? Pire encore : c'est Moltchaline, qui traîne entre les pattes du chef de la maison familiale avec la servilité d'un petit ambitieux. Tchatski n'en revient pas. Le grand bal donné le soir lui donne l'occasion de laisser exploser sa colère parmi les vieilles dames cancanneuses, les jeunes filles en chasse de bons partis, les maris soumis à des épouses tyranniques et ridicules. Sofia lance la rumeur selon laquelle il serait fou, avant de se découvrir trahie par Moltchaline. Quand bien même elle voudrait tenter de regagner la confiance de Tchatski, celui-ci est déjà prêt à partir, en quête " d'un refuge pour le sentiment offensé ".

Tchatski a l'esprit libre et éclairé. Mais il a pour son malheur l'exceptionnalité de ses idées progressistes face aux traditionalistes de la haute société moscovite de ce début du Xxème siècle. D'abord censuré, il s'est hissé au rang de héros classique du théâtre russe. Apparaissant pour la première fois sur la scène française, il trouve en Philippe Torreton son interprète idéal. Comme l'a dit le metteur en scène Jean-Louis Benoît qui l'a choisit, il partage avec son personnage " cet air d'être toujours en colère... ", ces qualités d'être " un homme entier, habité, plein d'énergie... toujours au bord de l'explosion " Et, surtout, il a ce talent rare du grand comédien capable d'animer à lui seul la scène immense et vide que lui offre ici Benoît. Parce qu'il faut bien le reconnaître, à l'exception de la prestation de Torreton, cette mise en scène ne laisse pas de grand souvenir sinon celui de bâillements difficiles à contenir. Bien sûr, Torreton n'est pas seul, et de Roland Bertin (Famoussov, le père de Sofia) à Jean-Paul Farré qui fait une brêve mais brillante apparition dans la peau d'un franc-maçon déchaîné, les comédiens qui l'entourent savent attirer l'attention, et se dépêtrer d'une direction de jeu terriblement classique. Les jeunes comédiennes, elles, ne résistent pas à ce piège. La traduction en vers n'arrange rien à l'affaire. Malgré les allers et venues précipités des domestiques à travers le salon impeccable, c'est ce phrasé pompeux qui, accolé au rythme lourd de la pendule, donne au spectacle son rythme lent, pesant. Osons le dire : ennuyeux.

A la sortie, les spectateurs s'extirpent difficilement de leur somme, franchement désolés de ne pas avoir pu garder les yeux ouverts tout au long d'un spectacle pourtant réglé avec la propreté et la rigueur d'une horloge suisse. Chaillot qui, ces derniers temps, a tendance à présenter des travaux toujours plus modernes, ose cette fois un théâtre plus classique. On voudrait remercier, mais on se contentera d'applaudir Torreton.